Le marché en 2019-2020 in Paris

Le marché français des cabinets d’avocats d’affaires pour l’année 2019 et le 1er semestre 2020 : « Quand le M&A va, tout va », pourrait être l’une des devises du marché des cabinets d’avocats. Tiré par une activité transactionnelle florissante, rappelant la période faste du début des années 2000, 2019 a été une « très belle année » pour les cabinets d’avocats d’affaires. Les revenus ont continué à bien progresser grâce à une économie en croissance, offrant de nombreuses facilités de financement aux acteurs économiques. Ainsi, un nombre élevé d’opérations a été financé ces dernières années à l’aide d’un fort effet levier de dettes rappelant les schémas du début des années 2000 ; un associé d’un grand cabinet laissant échapper : « On est reparti dans la folie ! ». Le CAC 40 a affiché une santé insolente et conclut l’année 2019 à son plus haut sommet depuis 2007. Les transactions immobilières ont, elles aussi, atteint des montants remarquablement élevés, notamment dans le secteur de l’immobilier de bureaux qui a pleinement profité du Brexit ; de grands établissements financiers déménageant une partie de leurs personnels de Londres à Paris qui s’imagine déjà prendre la place de sa rivale en tant que première place financière européenne. Le marché des infrastructures a aussi montré les traits d’un pays dynamique et en voie de modernisation. Les aéroports, les ports et le secteur ferroviaire sont en phase de privatisation. Le secteur énergétique a continué sa transition « verte » à travers le développement de grands projets d’éoliennes offshore. Les villes françaises se transforment et se modernisent, et revoient leur urbanisation à travers des chantiers ambitieux et innovants ; au premier rang desquelles Paris qui construit le Grand Paris et qui se prépare pour les JO 2024. A côté de ce tableau d’une France heureuse, moderne et dynamique, cohabite cependant une France inquiète et divisée, qui voit les menaces de toutes sortes (sociale, économique, environnementale, politique, judiciaire et plus dernièrement sanitaire), internes et externes, surgir et se démultiplier. La tension politique et sociale est à son comble dans le pays. Le mouvement des Gilets Jaunes a immédiatement été suivi par une période de grèves contre la réforme des retraites qui ont été parmi les plus dures et les plus longues dans l’histoire moderne d’un pays pour lequel la grève est pourtant un « sport national » - même les avocats ont jeté leurs robes à terre en signe de protestation. Manifestations, blocages, grèves ont fortement impacté l’activité des entreprises, particulièrement dans le secteur du commerce et de la vente alors que de nombreuses enseignes commerciales étaient déjà passablement affaiblies par la concurrence des grandes plateformes de commerce en ligne. Les PMEs et les enseignes commerciales privées ne sont pas les seules à boire la tasse. De grandes entreprises cotées, au premier rang desquelles Casino et Bourbon, ont également fait les grands titres des journaux avec leurs difficultés, quand plusieurs agences de voyage et des compagnies aériennes ont tout simplement disparu du marché en un mois à peine. Pour beaucoup, ce n’était plus qu’une question de temps pour que la France se retrouve unie dans la récession : « La bombe est là, quand va-t-elle exploser ? » s’interrogeaient encore les avocats à l’automne en 2019 avant que le Coronavirus ne vienne brutalement mettre fin au suspens au 1er trimestre 2020. De manière générale, on se préparait donc déjà dans les cabinets à un prochain retournement de marché; le mercato des avocats en 2018 et 2019 ayant été largement animé par « le mouvement de chaises musicales » des experts du restructuring. Cependant, et au contraire de la crise financière de 2008, les cabinets d’avocats ne misent plus entièrement aujourd’hui sur l’activité de retournement d’entreprises pour assurer leur survie pendant la période de récession à venir. En effet, la prolifération des menaces diverses (d’origines sociale, économique, politique, réglementaire, judiciaire et environnementale) pesant sur les entreprises a peu à peu changé le visage du marché juridique français qui ressemble de plus en plus aux marchés juridiques anglo-saxons. Les cabinets d’avocats d’affaires ne sont plus aujourd’hui autant sous la dépendance de la bonne santé du M&A ; les entreprises ont dorénavant autant besoin d’assistance pour mener à bien leurs opérations de croissance stratégiques, que pour être protégées des potentielles enquêtes et amendes judiciaires et gouvernementales, nationales et internationales, dont elles sont menacées. Les cabinets ont réorganisé leurs modèles en conséquence. De nouvelles équipes ou de nouveaux départements nommés « conformité et enquêtes » ont vu le jour dans de nombreux cabinets, consistant en l’agrégat de nombreuses pratiques traditionnelles : droit social, protection des données, nouvelles technologies, droit des sociétés, droit de la concurrence et droit pénal des affaires. A rebours du mouvement de globalisation qui a marqué ces dernières décennies, le retour de la souveraineté des états est pour les entreprises un facteur très perturbant. La règle de droit national est dorénavant utilisée comme un instrument géopolitique et économique aux effets extraterritoriaux servant à défendre et avancer des intérêts nationaux divergents. A ce stade, les Américains sont incontestablement les maîtres du jeu et ont réussi à progressivement imposer de facto aux acteurs économiques, dont les entreprises françaises, la règle souveraine américaine en remplacement de normes internationales et de la législation nationale des états. Alerté par la situation, le gouvernement a commissionné au député Raphaël Gauvain, un ancien avocat d’affaires du cabinet Boken, un rapport publié en juin 2019 qui dresse un bilan sans appel : «Les États-Unis d’Amérique ont entraîné le monde dans l’ère du protectionnisme judiciaire. Alors que la règle de droit a, de tout temps, servi d’instrument de régulation, elle est devenue aujourd’hui une arme de destruction dans la guerre économique que mènent les États-Unis contre le reste du monde, y compris contre leurs alliés traditionnels en Europe. » « Les entreprises françaises ne disposent pas aujourd’hui des outils juridiques efficaces pour se défendre contre les actions judiciaires extraterritoriales engagées à leur encontre.» Les autorités américaines se déclarent en effet compétentes pour juger et imposer des amendes record aux entreprises étrangères à partir du moment où le Dollar est concerné. Et dans la même logique du Dollar Cheval de Troie américain, l’étendue de la juridiction américaine a été élargie aux données personnelles dites américaines avec l’adoption du US Cloud Act en 2018. Alcatel, Alstom, Technip, Total, la Société Générale et la BNP Paribas ont toutes en commun d’être passées par les fourches caudines du juge américain ; les banques françaises occupant les deux premières places du podium par le montant des amendes versées: 1,34 milliard de dollars pour la Société Générale et 9 milliards de dollars pour BNP Paribas. «Ainsi, entre 2008 et 2017, 26 entreprises ont été condamnées au titre du US anti-corruption Act (FCPA) à un montant total combiné d’amendes supérieur à 100 milliards de dollars par le US Department of Justice (Doj) et la Security and Exchange Commission (SEC) : sur ces 26 entreprises, 21 étaient non américaines (dont 14 européennes).» « Les sanctions prononcées sont disproportionnées et menacent la pérennité des sociétés étrangères visées, et semblent avoir pour but premier de les fragiliser dans la compétition internationale. » L’affaire Alstom est particulièrement illustrative à cet égard. L’entreprise a accepté en 2014 de régler une amende de 772 millions de dollars au DoJ américain (Département de la Justice) pour des faits de corruption commis en dehors du territoire américain – ce qui n’a pas non plus empêché le juge d’emprisonner aux États-Unis plusieurs cadres dirigeants non américains de l’entreprise française en visite sur son territoire. Et alors qu’Alstom transigeait avec le juge américain sur le montant des pénalités, simultanément l’entreprise française était rachetée par la société américaine GE lors d’une opération qui a fait trembler l’establishment français. Devant l’urgence de la situation, le gouvernement français a été forcé de revoir sa stratégie d’influence et d’apporter une réponse appropriée – alors qu’au niveau européen aucune mesure n’a été adoptée jusqu’ici à l'exception du Règlement européen RGPD en matière de données personnelles en 2018. Traditionnellement, l'Etat français est un acteur très impliqué dans l'économie qui demeure un actionnaire de référence de plusieurs grandes entreprises stratégiques, notamment dans les domaines de l'énergie et des transports. Le blocage du projet de fusion Renault-Fiat par le gouvernement français rappela avec éclat l’étendue de cette influence en 2019. Aujourd’hui pour protéger ses intérêts stratégiques ainsi que les entreprises et l'économie françaises, l’Etat français a recours à l’adoption d’un arsenal de mesures préventives, accompagné par la création d’agences de contrôle et le renforcement de son système répressif. Le principal dispositif adopté pour répondre à l'effet extraterritorial des règles américaines est sans conteste la Loi Sapin II anticorruption de 2016 qui est considérée par beaucoup comme une entaille au système de tradition civiliste du droit français. La Loi Sapin II introduit en droit français l'obligation pour les entreprises de mettre en place des programmes anticorruption, ainsi que la possibilité d’obtenir une peine transigée auprès du juge en signant une Convention judiciaire d'intérêt public (CJIP) ; deux mécanismes tirés du modèle anglo-saxon. La loi crée également l'AFA (Agence Française Anticorruption) qui a pour tâche de contrôler la correcte adoption de programmes de conformité par les entreprises. L’AFA a inauguré ses premiers contrôles à la fin de l'année 2018. L'agence avait annoncé dès le départ des objectifs ambitieux qu’elle a du mal à tenir ; en 2019 aucune entreprise n'avait encore été sanctionnée. Elle a récemment engagé pour l’épauler dans sa mission des grandes firmes d’audit et plusieurs cabinets d'avocats, et ainsi palier un déficit interne de ressources. En complément de la Loi Sapin II, d’autres dispositifs législatifs ont récemment vu le jour, faisant peser sur les entreprises et le monde des affaires une plus grande exigence de transparence et de conduite plus socialement et écologiquement responsable. La loi relative à la lutte contre la fraude du 23 octobre 2018 introduit plusieurs mesures anti-fraude et des sanctions plus rigoureuses en matière de fraude fiscale. La loi réforme notamment le système du «verrou de Bercy» qui permettait à de nombreuses entreprises de transiger leurs dossiers fiscaux avec l'administration de Bercy. Dorénavant, les redressements fiscaux excédant 100 000 euros doivent automatiquement être transmis par Bercy au parquet qui décidera des poursuites. La loi sur le devoir de vigilance du 21 février 2017 impose aux entreprises employant 5000 salariés en France ou 10000 salariés dans le monde de mettre en place et de publier un « plan de vigilance », détaillant les mesures raisonnables prises pour « identifier et prévenir les atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l'environnement, résultant des activités de la société et de celles des sociétés qu'elle contrôle, ainsi que des activités des sous-traitants ou fournisseurs ». Cette loi pionnière est unique au monde et considérée comme historique par de nombreuses ONGs. Les avocats s’inquiètent déjà des effets d’une telle législation qu’ils considèrent être un appel lancé à toutes les ONGs du monde de venir attaquer les entreprises devant les tribunaux français. Total est l’une des premières sociétés à inaugurer le nouveau dispositif. Sur la base de la loi de 2017, plusieurs maires et des ONGs ont ainsi initié le premier contentieux climatique français et assigné le géant pétrolier en justice pour manquement à son devoir de vigilance au mois de janvier 2020. De nombreux avocats sont convaincus que le marché est à l’aube d’une nouvelle tendance. Les actions climatiques et environnementales représentent pour le moment une portion minime des affaires jugées par les tribunaux, mais un projet de loi en cours envisage la création de pôles régionaux spécialisés en matière d’atteinte à l’environnement au sein des tribunaux, ce qui devrait se traduire par une hausse des affaires dites environnementales. Parallèlement, le système répressif français a été particulièrement renforcé ces dernières années. La création, à la fin de l'année 2013 sous la présidence Hollande, du Parquet National Financier (PNF) pour enquêter sur les crimes et délits financiers complexes tels que la fraude et la corruption a notamment joué un rôle déterminant. D’abord, le montant des sanctions délivrées dans les affaires instruites par le PNF fait régulièrement les grands titres et atteignent des sommes encore jamais vues en France. Le record est pour le moment détenu par UBS qui a été condamné en février 2019 en 1ère instance à une sanction de 3,7 milliards d'euros pour fraude fiscale – la banque suisse a fait appel. En septembre 2019, Google a, lui, accepté de signer avec le PNF une CJIP et de s’acquitter d’une amende d’un montant de 500 millions d'euros dans un dossier de fraude fiscale. En 2017, HSBC avait, elle, conclu la première transaction pénale avec le PNF et accepté le paiement d’une amende de 340 millions d’euros pour faire cesser des poursuites en matière de fraude fiscale. Ensuite, à l’image du juge américain, le PNF enquête aussi sur des faits de corruption commis en dehors du territoire national, espérant qu’en se montrant ainsi plus expansionniste, le juge français pourra épargner aux entreprises françaises des poursuites par les autorités étrangères. L’affaire Lafarge est un exemple particulièrement illustratif ; le cimentier a récemment été mis en examen pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui, financement de terrorisme et violation d’un embargo pour ses activités commises en Syrie. Mais le PNF se retrouve dans les faits en concurrence ou obligé de collaborer avec les autorités judiciaires et gouvernementales étrangères, souvent d’origines américaine et anglaise, qui se déclarent également compétentes. En conséquence, les grandes entreprises françaises paient le prix fort : elles sont maintenant sujettes à des investigations simultanément menées par des juges français et étrangers concernant les mêmes faits. Le cas Airbus est un exemple frappant : l'entreprise a fait l’objet d’enquêtes simultanées par les autorités française, anglaise et américaine pour les mêmes accusations. Le constructeur aérien a finalement signé au début de l'année 2020 un accord par lequel il s’engage au paiement d'une sanction de 3,6 milliards d'euros auprès des autorités américaine, anglaise et française dont 2,1 milliards d'euros reviennent au PNF. Le mouvement de pénalisation du monde des affaires ne concerne pas seulement les entreprises. Les dirigeants et cadres d’entreprises, ainsi que les hommes politiques sont également dans le viseur d’un système judiciaire français de plus en plus répressif et qui en 2019 a prononcé plusieurs condamnations à des peines de prison qui ont particulièrement résonné sur la place. L'affaire des Suicides d’Orange est particulièrement révélatrice à ce stade de la montée du risque pénal encouru par le personnel dirigeant. En décembre 2019, le tribunal correctionnel de Paris a condamné l'ancien président d’Orange et plusieurs représentants du haut management à des peines de prison. Ils ont été reconnus coupables d’harcèlement moral institutionnel causé par le recours à des méthodes drastiques de réduction de coûts qui ont engendré à la fin des années 2000 une vague de suicides ayant coûté la vie à plus d’une trentaine de salariés. C’est la première fois en France que le harcèlement moral, habituellement constaté au cas par cas, est reconnu ainsi collectivement comme une culture d'entreprise. Le monde politique n’est pas non plus épargné, l’affaire Balkany l’a rappelé. L’ancien maire de Levallois-Perret et sa femme ont été condamnés en 2019 en première instance à une peine de prison pour fraude fiscale et blanchiment d'argent. Au contraire de Nicole Balkany jugée trop malade pour servir sa peine, Patrick Balkany a immédiatement été conduit à sa cellule dès le prononcé du jugement. La Cour d’Appel a confirmé la condamnation des deux époux au début de l’année 2020. De nombreuses autres personnalités politiques et élus sont en attente de leurs procès ; l'ancien Président Nicolas Sarkozy et son ancien Premier Ministre François Fillon devraient bientôt passer devant le juge dans deux affaires distinctes. Dans un tel environnement de contrôles renforcés doublés de menaces répressives élevées pesant sur les sociétés et leurs dirigeants, il est aisé de comprendre comment une nouvelle culture juridique de conformité et de prévention a pu rapidement s’établir en France et faire évoluer un paysage juridique français de tradition civiliste par nature plutôt hostile. Les grandes entreprises françaises et les multinationales établies sur le territoire ont intégré ce changement de culture et ont mis en place de nombreux process. Ainsi, elles ont de plus en plus recours aux cabinets d'avocats pour les aider à conduire des enquêtes internes dès que des accusations de corruption surgissent ou dans des situations de lanceur d'alerte. Certains avocats s’inquiètent et mettent en garde contre les excès et les dérives d’une culture de la compliance. Ils constatent notamment que pour se protéger les entreprises n’hésitent pas à mettre en première ligne le haut management, au détriment du respect des droits fondamentaux de la défense. Un avocat, qui a travaillé sur l'une des grandes affaires de corruption récentes, livre son rendu d'expérience: «  Les agents et cadres dirigeants sont sacrifiés par leurs entreprises lors d’enquêtes internes ou gouvernementales. Les droits de la défense sont ignorés dans ces procédures. Il manque un cadre juridique clair; il y a actuellement un non-respect des droit de la défense, qui impose notamment le droit à un avocat, qui pose problème dans le cadre de ces enquêtes ». A noter également, la volonté politique de mieux réguler et contrôler l’activité des grandes plateformes numériques qui sont régulièrement visées par des sanctions administratives et des procédures judicaires. Le moteur de recherches Google a été condamné par plusieurs autorités judicaires et administratives en 2019 : l’entreprise a reçu une amende de 50 millions d'euros de la CNIL pour atteinte au règlement RGPD, une sanction de 150 millions d’euros pour abus de position dominante de l'Autorité de la Concurrence française et a conclu un accord avec le PNF pour régler une affaire de fraude fiscale par le versement de 500 millions d’euros. La plateforme numérique de transports Uber est l’objet de plusieurs procédures judiciaires concernant le statut juridique des chauffeurs et courriers travaillant pour son compte. Airbnb est régulièrement soumis à de nouvelles réglementations plus contraignantes et critiqué par les élus, notamment la maire de Paris qui a promis dans son programme de réélection de lutter contre les locations Airbnb. En juillet 2019, le gouvernement français a adopté une taxe de 3% sur les services numériques, dite taxe GAFA (acronyme pour Google, Apple, Facebook et Amazon) après que l’Union Européenne a échoué dans la mise en place d'un régime similaire. La loi s’applique aux entreprises françaises et internationales spécialisées dans les services numériques tirant des revenus élevés. En pratique, une seule entreprise française se retrouve assujettie à cette taxe qui concerne pour l’essentiel les grandes sociétés américaines. La loi a été ouvertement attaquée par les Américains qui ont menacé de rétorsion certains imports français. L’application de la taxe a pour été le moment temporairement suspendue.Les principaux mouvements du marché en 2019 et au 1er semestre 2020 Le marché a connu de très nombreux mouvements d’équipes au cours de l’année 2019 et au 1er semestre 2020. Ceux-ci ont été motivés par différentes raisons et notamment des conflits d'intérêts, auxquels s’ajoutent pour les cabinets français, des problèmes de succession et de gouvernance. Parmi les mouvements les plus importants au niveau des structures, il faut noter pour l’année 2019 et le 1er semestre 2020 : - FIDAL a vu partir 130 de ses avocats fiscalistes spécialistes de mobilité internationale, de douanes et de TVA vers son ancien partenaire KPMG Avocats.  Les deux firmes sont depuis en conflit et tentent de régler leur différend devant l’Ordre et les tribunaux. Fidal conserve néanmoins de très larges effectifs en matière fiscale. - Franklin a connu de nombreux changements d’équipes. Parmi les départs : l’associé cofondateur du cabinet Mark Richardson a rejoint  Archers A.A.R.P.I.; Magali Masson est maintenant chez  De Pardieu Brocas Maffei; plus d’une vingtaine d’avocats du cabinet sont allés grossir les rangs de la firme américaine Bryan Cave Leighton Paisner LLP dont les associés corporate Christian Sauer et Kai Völpel , les stars de la fiscalité immobilière Christine Daric et Olivier Mesmin, l’associé expert en immobilier Henry Ranchon, ainsi que Julie Catala Marty  qui est spécialisée en droit de la concurrence, et enfin Claire Fougea et Marion Brière Ségala qui sont très réputées en droit social. En retour, le cabinet Franklin a rappelé dans ses rangs deux de ses anciens membres fondateurs originaux : le spécialiste du droit social Patrick Thiébart (ex Jeantet) et l’avocat corporate  Alexandre Marque qui avait quitté le cabinet en 2015 pour devenir General Counsel  monde chez Altice. Ils ont été accompagnés par  Myriam de Gaudusson  (ex De Gaulle Fleurance & Associés) qui est également experte en droit social ; de l’ancien ministre Michel Sapin (senior adviser) qui est à l’origine de la Loi anticorruption Sapin II ; et de Stéphan Alamowitch (ex UGGC Avocats) qui prend la responsabilité du département banque et finance du cabinet. – K&L Gates LLP a vu partir une équipe de quatre associés et de sept collaborateurs, emmenée par les avocats corporate Jean-Patrice Labautière et Nicola Di Giovanni, l’associé spécialisé en financement Mounir Letayf  et l’associé fiscaliste Bertrand Dussert pour Winston & Strawn LLP. Le très réputé Etienne Drouard, qui est spécialisé dans le domaine des nouvelles technologies et en droit de la propriété intellectuelle, a rejoint Hogan Lovells (Paris) LLP. – Andersen Tax & Legal, qui a ouvert officiellement à Paris en 2018 après que son ancien partenaire STC Partners fut devenu membre à part entière du réseau, aura connu une courte existence sur le marché français : le cabinet a été déclaré en situation de liquidation judiciaire à la fin de l’année 2019. Plusieurs de ses principaux membres, dont Delphine Bariani, Stéphanie Desprez, Angélique Vibert, Pierre Bouley et Etienne Pujol, ont depuis fondé  Berry Avocats. Les principaux mouvements d’équipes en terme de pratiques juridiques pour l’année 2019 et le 1er semestre 2020 sont les suivants: – Entreprises en difficulté: le leader du marché Weil, Gotshal & Manges LLP a perdu une de ses figures emblématiques suite au départ de Philippe Druon pour Hogan Lovells (Paris) LLP,  qui avait été précédé par Fabienne Beuzit pour Jones Day. En réponse, le cabinet américain a rappelé Anne-Sophie Noury qui l’avait quitté en 2016 pour fonder la pratique de BDGS Associés. L’arrivée de Philippe Druon (ex Weil, Gotshal & Manges LLP) chez Hogan Lovells (Paris) LLP a coïncidé avec le départ de Romain de Ménonville pour Bird & Bird ; Delphine Caramalli (ex Bremond & Associés ) a pris le chemin de Clifford Chance; Gide Loyrette Nouel A.A.R.P.I. a perdu Caroline Texier qui est allée chez DLA Piper ; Simmons & Simmons a accueilli Sandra Esquiva-Hesse  (ex  FTPA ) ; Goodwin a été rejoint par Céline Domenget-Morin qui a quitté White & Case LLP après l’arrivée de Saam Golshani à la fin de l’année 2018; enfin Emmanuel Drai a quitté sa boutique pour rejoindre Simon Associés  qui a vu en échange partir Stéphane Cavet pour Chammas & Marcheteau. - Arbitrage international: la boutique Betto Perben Pradel Filhol, anciennement nommée Betto Seraglini, a été rebaptisée suite au départ de plusieurs de ses principaux associés: l’ancien associé cofondateur Christophe Seraglini a rejoint Freshfields Bruckhaus Deringer LLP, quand Gaëlle Le Quillec et Julien Fouret sont maintenant chez Eversheds Sutherland (France) LLP. L’associé fondateur original ean-Georges BettoGaëlle Filhol et Alexandre Reynaud, qui a été promu associé, sont dorénavant les principaux membres de la boutique. Orrick Rambaud Martel a recruté Michael Bühler en provenance de  Jones Day. – Résolution des différends (hors arbitrage international): Jean-Pierre Grandjean, qui a été l’un des membres emblématiques de l’équipe de Clifford Chance pendant plusieurs décennies, a quitté la firme anglaise accompagné de Marguerite Aynès et Thomas Lambard pour fonder la boutique Grandjean Avocats. Arthur Dethomas, qui était l’un des cofondateurs de Dethomas Peltier Juvigny & Associés (renommé  Peltier Juvigny Marpeau & Associés) a rejoint Hogan Lovells (Paris) LLP ; Gide Loyrette Nouel A.A.R.P.I. a recruté Sophie Scemla (ex Eversheds Sutherland (France) LLP) pour renforcer ses compétences en droit pénal des affaires ; Hughes Hubbard & Reed LLP a été rejoint par Félix de Belloy qui a quitté sa boutique Boken pour prendre la tête de la pratique de droit pénal des affaires de la firme américaine. – En droit social:  Jeantet a perdu son équipe en 2019: Jean Néret et Olivier Angotti ont quitté le cabinet pour fonder la pratique de droit social de FTMS Avocats ; Patrick Thiébart est allé rejoindre  Franklin; et Déborah David est maintenant chez De Gaulle Fleurance & Associés. Fromont Briens a connu le départ de plusieurs de ses figures emblématiques: Grégory Chastagnol, Benjamin Desaint, Leslie Nicolaï  et Alexandre Roumieu ont quitté le cabinet pour fonder leur boutique FACTORHY en 2019. Alexandra Stocki  (ex Bird & Bird) est maintenant chez Proskauer Rose LLP; Philippe Desprès a quitté Eversheds Sutherland (France) LLP pour lancer la pratique de droit social de Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom LLP ; Aurélie Fournier (ex Dentons ) a rejoint Peltier Juvigny Marpeau & Associés  pour monter la pratique du cabinet, enfin Claire Fougea et Marion Brière Ségala (ex Franklin) ont rejoint Bryan Cave Leighton Paisner LLP. –  En droit fiscal: Nadine Gelli (ex De Pardieu Brocas Maffei) a rejoint Kirkland & Ellis LLP qui se développe à Paris dans le domaine du private equity, quand Bruno Leroy  (ex Dechert LLP) est allé grossir les rangs de Paul Hastings LLP. Les associés fiscalistes spécialistes de l’immobilier Christine Daric et Olivier Mesmin ont quitté Franklin pour Bryan Cave Leighton Paisner LLP. – En immobilier: Alexandre Poupard a quitté Dentons pour Mayer Brown; Guillaume Aubatier est arrivé chez King & Spalding LLP en provenance d’Ashurst LLP qui en retour a recruté Patrick Gerry  (ex Simmons & Simmons). Sarah Fleury (ex Orrick Rambaud Martel) est maintenant chez Goodwin. Henry Ranchon a rejoint Bryan Cave. – Dans le domaine des grands projets et des infrastructures: Pascal Agboyibor, qui était à la tête de la pratique africaine d’Orrick Rambaud Martel , a fondé Asafo & Co.; Ashurst LLP a fait plusieurs recrutements majeurs en accueillant Tom Longmuir (ex Allen & Overy LLP) et  Mark Barges (ex Linklaters) ;  Benjamin de Blégiers  (ex Clifford Chance) est passé chez Weil, Gotshal & Manges LLP; DLA Piper a été rejoint par Jérôme Pentecoste en provenance de Gowling WLG qui a aussi vu partir Jérôme Pattenote pour Simmons & Simmons. Enfin, Jean-Luc Champy a quitté Orrick Rambaud Martel  pour White & Case LLP. – Dans le secteur des nouvelles technologies: DS Avocats a intégré la boutique Staub & Associés dont Sylvain Staub  et Antoine Gravereaux. sont les principaux représentants. Enfin, la firme californienne Sideman & Bancroft Europe  a ouvert à Paris en janvier 2020 sous la direction de Béatrice Martinet qui est membre du cabinet depuis 2014.LES AVOCATS ET LES CABINETS EN FRANCE Selon les données du Conseil National des Barreaux, la France compte presque 70 000 avocats. La taille des cabinets est extrêmement variable. On trouve des boutiques de quelques spécialistes qui coexistent aux côtés de grands cabinets français et internationaux comptant plus d’une centaine d’avocats, tous basés à Paris. En province, hormis quelques exceptions dans les grandes métropoles françaises, les cabinets sont en général de taille plutôt modeste, autour d'une dizaine d’avocats. Très peu de cabinets possèdent un réseau national de bureaux développé sur le territoire. Font exception: FIDAL qui compte environ 90 bureaux à travers le pays, tandis qu'Ernst & Young Société d'Avocats  et Pwc Société d'Avocats  ont tous les deux une dizaine d'implantations en France. Les spécialistes du droit social, Barthélémy Avocats  et Capstan Avocats, member of Ius Laboris  sont également très présents en province. De nombreux cabinets parisiens montrent également un intérêt grandissant pour la province et ouvrent des bureaux en région, notamment à Lille, Lyon et Bordeaux. Le cabinet de droit des affaires Racine est un bon exemple, ainsi que le cabinet d’avocats Seban & Associés  qui est dédié à l’accompagnement des acteurs publics.LES CABINETS FRANÇAIS À L’ÉTRANGER L’international est un enjeu majeur pour les cabinets français. Afin d’accompagner au mieux leurs clients dans la conduite des affaires, un grand nombre de structures françaises a fait le choix d’intégrer des réseaux internationaux ou européens ou d’approfondir des relations avec un ou plusieurs cabinets étrangers. Plusieurs cabinets français ont opté en parallèle pour l’ouverture de bureaux à l’étranger. Beaucoup possèdent un bureau de représentation à Bruxelles, dont entre autres: Atmos Avocats, August Debouzy, BDGS Associés, Bredin Prat, Carbonnier Lamaze Rasle, Coutrelis & AssociésDS Avocats, De Gaulle Fleurance & Associés, Earth Avocats, FIDAL, Fourgoux & Associés, Genesis Avocats , Gide Loyrette Nouel A.A.R.P.I. , Lazareff Le Bars,  Racine, Soulier Avocats , UGGC Avocats, Vaslin Associés et Vivien & Associés. Cependant, seule une poignée de cabinets français ont un véritable réseau de bureaux à l’étranger couvrant plusieurs grandes régions du monde. Voici les principaux : Fondé en 1920 et réunissant aujourd’hui environ 550 avocats, Gide Loyrette Nouel A.A.R.P.I. est la seule firme française évoluant parmi l'élite qui soit véritablement de dimension internationale. Le cabinet, dont le siège social est à Paris, possède 12 bureaux à travers le monde situés dans 11 pays. Il possède des bureaux à Bruxelles, Londres et New York. Il a deux bureaux en Chine (Shanghai et Pékin), trois bureaux au Maghreb (Alger, Casablanca et Tunis) et un bureau au Caire. Il est implanté en Europe centrale et orientale (Istanbul, Varsovie).DS Avocats possède 24 bureaux répartis sur quatre continents dans 13 pays. Le cabinet, qui réunit près de 300 avocats, est bien implanté en Asie: il possède trois bureaux en Chine, un bureau au Vietnam et un bureau à Singapour. En Amérique, le cabinet possède quatre bureaux au Canada, ainsi que des implantations à Buenos Aires, Santiago et Lima. Le cabinet dispose enfin d'un bureau au Sénégal, et d’une solide présence en Europe de l’Ouest avec des bureaux à Barcelone, Madrid, Bruxelles, Milan et Stuttgart. A noter au plan local, le cabinet dispose de nombreuses implantations en France: Bordeaux, Lille, Lyon et Paris. Le siège social du cabinet est situé à Paris.LPA-CGR avocats est présent en Asie: Tokyo, Hong-Kong, Shanghai et Singapour. Le cabinet possède également des bureaux en Afrique: Alger, Casablanca, Douala-Yaoundé; aux Emirats Arabes Unis: Dubaï; ainsi qu'à Hambourg, Francfort et Munich. Le siège social du cabinet est situé à Paris.Jeantet est présent à Genève, à Casablanca, et en Europe de l'Est: Budapest, Kiev et Moscou. Le siège social du cabinet est situé à Paris.UGGC Avocats est implanté en Asie (Shanghai, Hong-Kong), ainsi qu’à Casablanca et à Bruxelles. Le cabinet est aussi l'un des rares acteurs nationaux présent au Brésil: à Sao-Paulo et Belo-Horizonte. Le siège social du cabinet est situé à Paris. En Asie, on trouve également Adamas à Pékin et Shanghai; ainsi que Bignon Lebray à Shanghai. CVML est présent à Dubaï. Au Maghreb, Chassany Watrelot & Associés (CWA) possède quatre bureaux dans la région; Casablanca, Tanger, Alger et Tunis. Pour l’Afrique subsaharienne, Vaughan Avocats est à Bamako. Enfin, Vaslin Associés a des bureaux à Bruxelles, Genève et Londres. AyacheSalama, FTPA et Joffe & Associés ont tous des antennes à Londres, CastaldiPartners est à Londres et Milan, Genesis Avocats est à Bruxelles et Milan. Les cabinets étrangers, en dehors des cabinets anglo-saxons, sont peu nombreux en France. On trouve plusieurs cabinets allemands parmi lesquels Bardehle Pagenberg, GGV Avocats - Rechtsanwälte  et Schultze & Braun .Le podium: Les cabinets d’avocats leaders du marché français de droit des affaires sont: – Parmi les cabinets français: Bredin PratDarrois Villey Maillot BrochierGide Loyrette Nouel A.A.R.P.I.  – qui demeure la seule firme française véritablement internationale avec un effectif global d’environ 550 avocats répartis entre 12 bureaux situés à travers le monde – et  De Pardieu Brocas Maffei. – Parmi les cabinets anglais: les firmes du Magic Circle londonien Allen & Overy LLPClifford ChanceFreshfields Bruckhaus Deringer LLP et Linklaters. – Parmi les firmes américains: Cleary Gottlieb Steen & Hamilton  –  qui est généralement considéré comme la première firme américaine du marché français - Latham & WatkinsOrrick Rambaud Martel , Weil, Gotshal & Manges LLP et White & Case LLP. Les firmes anglaises et américaines suivantes se rangent également parmi les acteurs de premier plan  du marché français: Ashurst LLPBaker McKenzieCMS , Dechert LLPDentonsGibson DunnHerbert Smith Freehills LLPHogan Lovells (Paris) LLPMayer BrownPaul Hastings LLPShearman & Sterling LLP et Willkie Farr & Gallagher LLP. Chez les Français, les cabinets suivants sont également des acteurs incontournables offrant un très haut niveau d’expertises: August DebouzyBDGS Associés, Peltier Juvigny Marpeau & Associés