The Legal 500

Un léger et fragile optimisme souffle ces jours-ci sur le marché français. Pour les grands cabinets leaders du marché, l’année 2014 est à ranger parmi les plus grandes années réalisées en termes de chiffres d’affaires et de profitabilité. Certains veulent donc y voir le signe tant attendu d’une reprise durable qui semble en effet tenir ses promesses aux vues de l’activité du premier semestre de l’année 2015.

Les grandes opérations de fusions-acquisitions, grâce notamment au retour du financement et des investisseurs étrangers (américains et chinois en particulier), ont en effet été un marqueur du marché en 2014; ceci en parfait contraste avec les années précédentes qui avaient été rythmées par le nombre et l’ampleur des grandes opérations de restructuration et de sauvetage d’entreprises. Les marchés boursiers ont également repris des couleurs et ont été le théâtre de plusieurs opérations d’introductions en bourse et d’OPA après plusieurs années de calme plat.

Autre grand domaine qui devient source de revenus croissants au sein des cabinets; la matière réglementaire et les enquêtes internationales ou ‘la guerre économique par le droit’ comme l’analysent certains avocats. Les procédures extraterritoriales se multiplient en effet sous l’activisme des autorités américaines qui mettent en cause de grands groupes français dans des affaires de fraude et de corruption internationales aux enjeux financiers extrêmement importants. Les autorités françaises et européennes, peut-être inspirées ou échaudées par cette concurrence étrangère, sont elles aussi de plus en plus actives et se montrent de plus en plus sévères en délivrant des sanctions de plus en plus lourdes. En retour, le pouvoir de ces autorités (AMF, Autorité de la Concurrence) fait régulièrement l’objet de procédures remettant en cause sa légalité au plan constitutionnel et européen.

Cet activisme des pouvoirs publics a été particulièrement important sur le plan fiscal en France et commence d’ailleurs à avoir des répercussions directes sur les avocats. En effet, de grandes affaires de droit pénal fiscal ont récemment défrayé la chronique dans des procès où l’administration fiscale et les tribunaux se sont montré particulièrement sévères en mettant en cause le rôle de conseil endossé par l’avocat au plan de la légalité. D’autres affaires, dans lesquelles des avocats sont encore parties prenantes, sont toujours en instruction et les développem Latournerie Wolfrom Avocats ents sont à suivre.

La moralisation du monde des affaires est un vieux débat auquel aujourd’hui l’avocat semble donc également soumis. Ces affaires questionnant l’éthique et la déontologie des avocats-fiscalistes sont ainsi à mettre en relation avec des développements récents dans le domaine de l’arbitrage. Plusieurs affaires, dont l’affaire Tapie, ont en effet remis en cause l’impartialité de certains arbitres, et l’une des conséquences a été le départ de certains d’entre eux des grandes firmes pour reprendre leur indépendance.

Reste que la reprise de l’activité semble se confirmer et que dans un marché toujours plus concurrentiel, beaucoup de cabinets se renforcent et repartent à la conquête. Parmi les cabinets anglo-saxons, DLA Piper et Dentons continuent régulièrement de renforcer leurs effectifs en attirant des profils reconnus dans des matières variées, et notamment l’immobilier. Mayer Brown, cabinet qui a fait très peu de croissance externe ces dernières années, s’est récemment doté de fortes compétences en droit boursier et en fusions-acquisitions en accueillant deux associés de grande qualité en provenance de Davis Polk & Wardwell LLP avec Arnaud Pérès et Scotto & Associés avec Jean-François Louit.

Cependant les deux transferts les plus marquants de ces derniers mois sur le marché ont tous concernés Darrois Villey Maillot Brochier qui a connu le départ de son associé phare Olivier Diaz pour Skadden, Arps, Slate, Meagher & Flom LLP, rapidement compensé par le recrutement de Marcus Billam, anciennement chez Allen & Overy LLP.

Sont également à noter, plusieurs arrivées d’associés stars ou à forte notoriété issus de grandes firmes pour rejoindre des boutiques françaises de création récente et de grande qualité. BDGS Associés a donc dernièrement été rejoint par Marc Loy, ancien patron de l’activité de fusions-acquisitions de Linklaters LLP, et par l’avocat-fiscaliste Guillaume Jolly, anciennement chez Gide Loyrette Nouel A.A.R.P.I.. Dans le secteur de l’immobilier, c’est le cabinet Fairway qui a su faire venir à lui deux des plus grandes références de la fiscalité immobilière du marché en recrutant Christine Daric et Olivier Mesmin en provenance de Baker & McKenzie SCP. Villey Girard Grolleaud A.A.R.P.I. a récemment accueilli Frédéric Grillier, qui était anciennement chez Herbert Smith Freehills LLP.

Enfin, DS Avocats connaît un fort développement en France et dans ses bureaux à l’international. Le cabinet a récemment intégré en son sein la boutique de référence en droit de l’environnement Savin Martinet Associés. La structure compte désormais des effectifs d’environ 200 avocats et juristes.

Malgré la reprise, le climat reste cependant anxiogène en France. ‘Tout est train de changer!’ d’après l’analyse d’un associé d’un grand cabinet français, partagée par un ensemble de ses confrères.

A l’exception du cabinet Bredin Prat qui émerge comme le nouveau patron incontesté du marché, beaucoup de grandes firmes ont souffert, et ont perdu de leur superbe et de leur influence, sans que pour autant de nouveaux acteurs prennent pour l’instant leur place.

Pour un certain nombre de cabinets d’avocats, le marché du transactionnel baisse en effet de façon structurelle en France et en Europe. Ainsi, plusieurs cabinets américains ont fait le choix de se retirer du marché français, un des associés d’une grande firme américaine de Wall Street constatant: ‘Ca n’a plus aucun sens pour nous de rester en France’. Pour une grande majorité de cabinets d’avocats, français comme anglo-saxons, l’axe prioritaire de développement est l’international, et notamment l’Asie et l’Afrique.

Il est enfin ressorti de ces années difficiles, ‘une destruction créative’ selon les mots d’un associé d’une jeune structure pour décrire la tendance actuelle à la multiplication des boutiques indépendantes. Plusieurs facteurs ont favorisé l’avènement de ce nouveau modèle de cabinet. Les exigences des clients, suite au resserrement des budgets, poussent vers un conseil plus expérimenté, à forte valeur ajoutée et vers la remise en question des honoraires facturés au taux horaire. Les conflits d’intérêts et commerciaux, les rémunérations et enfin un certain esprit de liberté ont également encouragé la création de ces nouveaux cabinets indépendants très resserrés.

La question que tous les observateurs se posent maintenant concerne l’avenir et la pérennité de ces boutiques sur le marché français. Le retour de la croissance et de l’activité sonnera-t-il le début d’un contre-mouvement de consolidation et de rapprochements à l’image de la constitution de méga-firmes au plan mondial? Quid également des nouveaux entrants sur le marché qui se sont fait discrets ces dernières années. Après les cabinets anglo-saxons, les cabinet chinois vont-ils s’intéresser au marché français? Ils ont déjà fait des rapprochements de premier plan en fusionnant ou en se combinant avec de grandes firmes anglo-saxonnes; ainsi pour King & Wood Mallesons et Dentons (125 bureaux à travers 50 pays, 6 600 avocats et professionnels dans le monde entier). Le développement de leur présence en France ne serait donc pas tellement étonnant quand on regarde les derniers investissements réalisés par des acteurs chinois dans l’hexagone.